Duo de Grand’ourse : le dilemme du vêtement mixte

La base de ma couture reste beaucoup de projets à bas les chutes, ce qui n’est pas toujours sexy. Pour une fois, j’ai fait une couture mignonnette que j’avais envie de montrer. Il s’agit de deux gilets Grand’ourse, un patron d’Ikatee que j’affectionne et que j’avais déjà réalisé deux fois pour des cadeaux de naissance.


Mon chéri réclamait un gilet pour notre bébé dont la doublure serait un reste de jersey avec des renards. J’ai donc fouillé dans mes affaires et réalisé que j’avais de quoi faire 4 gilets dans des tailles différentes à partir de chutes et autres. Voici les deux premiers qui sont non doublés et assemblés à la surjeteuse. Pour chacun j’ai simplement eu à acheter 2m10 de biais Liberty chez Atelier de la Création. Depuis que j’avais lu un article de Laisse Lucie Faire j’avais envie de lâcher mes biais en coton achetés en mercerie pour tester ces merveilles qui changent tout et oui, en effet, ça change tout : agréable à coudre et un rendu délicat. Côté fournitures et confection, j’ai juste un doute sur les pressions : je me demande jusqu’à quel point le tissu va résister au fait d’être tiré et tiré. On verra bien. Je pense en garder un pour Maël et offrir le 2ème. De là (et du biais en liberty) a découlé une réflexion puis une discussion à deux sur la mixité des vêtements pour bébé.

La version marine

Il s’agit d’un reste de jersey épais pas très élastique qui me restait d’un Ondée rallongé. Je l’ai acheté au Marché Saint Pierre et je le trouve d’une super qualité. Je ne sais pas comment j’ai fait pour rater autant mon raccord de rayures sur la manche au moment du découpage …

La version jaune

Ce jersey velours m’a servi à faire une combinaison Claudia (pour un rendu très discret que je garde pour la maison ;)). C’est une horreur à coudre tellement il glisse, même en fixant mon biais, il ne faisait que s’en aller. J’avais l’impression d’être Jean-Paul Sartre, un œil sur un bord du biais, l’autre sur le deuxième.

Le jaune est à mon sens moins réussi que le 1er et je me vois moins l’offrir. Mais serions-nous prêts à le faire porter à Maël après que mon chéri ait dit que c’était le plus féminin des deux ?

On se pose moins la question pour la version marine : il irait à un petit garçon donc on pourrait le mettre à une petite fille. Du coup j’ai souvent l’impression que le mixte rejoint davantage des critères du masculin que du féminin. Comme si les choses que l’on dit réservées aux filles étaient dévalorisées : le rose, les fleurs, les volants,… Cette idée m’était venue en écoutant le podcast de Charlotte Bienaimé qui donne la parole à des parents et à des enfants. Les filles sont encouragées à faire des choses dites de garçons mais le contraire n’est pas vrai (sauf pour l’empathie qui semble être appréciée par les mamans). Reste l’idée que ces choses-là ont moins de valeur : prendre soin des personnes, de la maison, ne pas être agressif,…

On se pose souvent la question de l’éducation des petites filles (grosse angoisse à la maison) parce que la société leur est moins favorable et qu’on a l’impression qu’on doit investir à mort pour qu’elles soient émancipées, ambitieuses, etc, mais plus rarement la question de l’éducation des garçons. Avec mon chéri nous valorisons le care, la négociation, le respect de l’autre aussi, comme des choses qui doivent être le fait de chacun quel que soit son sexe. Et au final, ça n’est pas une éducation si facile à donner non plus à un garçon, puisque qu’elle ne suit pas les caractères dominants de l’environnement.

Pour les vêtements (revenons à nos moutons !) ça signifie, pour nous, faire porter une diversité de choses pour laisser le choix du goût, avec pour seule limite, les vêtements et accessoires qui brident la liberté de bouger et de faire, comme la jupe, les talons,… Si vous vous posez des questions similaire avec vos enfants, neveu/nièce, élèves, je serais bien heureuse d’échanger sur le sujet !

Conclusion : on fera donc porter cette petite veste jaune à Maël si c’est celle que nous conservons. Et quand j’y pense, ça débloque bien des choses en moi pour lui faire des petites choses à base de mes chutes !

Edit du 15/03/2019 : Le podcast “Les couilles sur la table” interviewe Cédric, le mecxpliqueur. Il raconte une expérience qui m’a glacée : avec sa compagne, ils choisissent des vêtements qui leur plaisent pour habiller leur petit garçon. Dans le placard dudit garçon se trouvait donc une tunique à fleurs et un bloomer rose. Alors que le petit garçon change de crèche, le directeur dit à Cédric qu’il faut arrêter de l’habiller comme ça parce que même lui et le personnel de la crèche se moquent de lui…

4 thoughts on “Duo de Grand’ourse : le dilemme du vêtement mixte

  1. La societé imposera bien assez tôt une pression bien assez forte pour “genrer” jusqu’à l’idiotie, sans se soucier des goûts et interêts du petit humain avant d’être fille ou garçon. Faites selon vos goûts à vous tant que le bébé ne peut exprimer les siens, et vôtre sens éducatif pour le comportement. Je me souviens très bien d’une vendeuse de jouets qui tenait absolument à nous vendre un set de coiffure alors que nous étions venus acheter une pelleteuse pour une petite de 4 ans qui était fana de pelleteuses. La perspective historique : les couleurs vives, signes de statut, ont longtemps été l’apanage du genre masculin. (Comme chez les oiseaux en fait). Je suis assez âgée pour que mon père, comme les autres gamins de l’époque, aie porté des robes unisexe jusqu’à l’âge de 3 ans. Pour me souvenir des chemises à fleurs, symboles de libération des corps. La jupe ne bride pas la liberté de bouger, si ce n’est pas une jupe entravée ou trop longue. Quand aux talons, vôtre petit Maël à bien le temps d’essayer les vôtres sans avoir pour autant une vocation précoce de drag-queen, mais en effet, ça ne semble pas idéal pour apprendre à marcher :).

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    1. Merci Miss ümlaut pour le point de vue détaillé ! Ça fait toujours relativiser de penser à nos pères et grands-pères en robes d’enfant : c’est dire si la question est culturelle. Mais comme tu dis, la grosse pression arrive plus tard, quand le bébé devient petit garçon ou petite fille, et on verra comment ça réagit dans la cour de l’école.

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